
À quelques jours de l’échéance fixée par les syndicats, le secteur pétrolier gabonais retient son souffle. L’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP) a lancé un ultimatum clair aux compagnies opérant dans le pays : faute de réponses concrètes à leurs revendications, la production pourrait être totalement paralysée dès le 31 janvier 2026 à minuit.
Derrière cette menace de grève générale se cache une crise sociale profonde, nourrie par des années de frustrations et de dialogue infructueux. Depuis près de deux ans, plusieurs préavis de grève ont été déposés sans aboutir à des solutions durables. Les travailleurs dénoncent notamment la mise à disposition jugée illégale de personnel, l’absence d’harmonisation salariale, le non-paiement d’arriérés et la précarité persistante de nombreux contrats.
Au-delà du conflit social, c’est toute l’économie nationale qui pourrait vaciller.
Car le pétrole demeure l’un des piliers essentiels de l’économie gabonaise. Il représente une part déterminante des recettes budgétaires, des exportations et des entrées de devises. Un arrêt, même temporaire, de la production aurait des effets immédiats sur les finances publiques. La baisse des exportations de brut entraînerait mécaniquement une réduction des recettes fiscales, fragilisant la capacité de l’État à financer ses politiques publiques, ses investissements et ses services essentiels.
Sur le plan macroéconomique, une grève prolongée risquerait également de ralentir la croissance nationale. Le secteur pétrolier irrigue de nombreux autres segments de l’économie : transport, sous-traitance, logistique, services. Une paralysie de l’activité provoquerait un effet domino, avec des pertes d’emplois indirects et un recul de la dynamique économique.
Autre enjeu majeur, la confiance des investisseurs. Dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer son attractivité et à relancer sa production, une crise sociale durable pourrait envoyer un signal négatif aux partenaires internationaux. Les projets d’exploration, de développement de nouveaux champs ou de modernisation des installations pourraient être différés, voire abandonnés, accentuant à moyen terme la baisse naturelle de la production.
Enfin, les conséquences pourraient également toucher les ménages. Une perturbation de la chaîne pétrolière peut affecter l’approvisionnement intérieur en carburants, avec à la clé des tensions sur les prix et des risques de pénurie, impactant directement le coût de la vie et l’activité des entreprises.
À l’heure où les autorités sont déjà confrontées à plusieurs fronts sociaux sensibles, ce dossier pétrolier apparaît comme un test décisif de gouvernance, à la croisée des impératifs économiques, de la justice sociale et de la stabilité nationale.
Michael MENGOUE

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