
La farine de blé, denrée stratégique dans l’alimentation des Gabonais, pourrait perdre dès 2026 le soutien financier de l’État. Les autorités envisagent en effet de mettre un terme à la subvention accordée à ce produit de base, estimée à près de 2 milliards de FCFA en 2025. Une décision qui ravive les inquiétudes autour d’une possible hausse du prix du pain, voire de tensions sur l’approvisionnement.
Cette perspective s’inscrit dans un contexte économique déjà marqué par une inflation persistante. Depuis plusieurs mois, le coût de la vie progresse plus vite que les revenus, fragilisant de nombreux ménages. Or, le pain, les beignets ou encore les bouillies à base de farine constituent souvent la première réponse alimentaire lorsque d’autres produits deviennent inaccessibles.
Les craintes actuelles ne sont pas sans fondement. Le Gabon a déjà connu, ces dernières années, des épisodes de pénurie de pain et de farine de blé. En 2018, des perturbations dans l’approvisionnement et des tensions entre acteurs de la filière avaient entraîné des ruptures temporaires dans plusieurs quartiers de Libreville et de l’intérieur du pays. Plus récemment, entre 2022 et 2023, la crise mondiale liée au conflit russo-ukrainien, deux grands producteurs de blé avait fortement affecté les importations, provoquant une flambée des prix et des difficultés d’approvisionnement chez les boulangers.
Dans les marchés et les foyers, le souvenir de ces périodes reste vivace. « Quand le pain se fait rare ou devient trop cher, c’est toute l’organisation familiale qui est bouleversée », confie une mère de famille. « On a déjà vécu les files d’attente et les ruptures. Personne ne veut revivre ça. »
Du côté des professionnels, la fin annoncée de la subvention fait craindre un scénario similaire. Sans soutien de l’État, le prix de la farine à la sortie des minoteries pourrait augmenter, avec un effet immédiat sur le coût du pain. Boulangers et petits commerçants, déjà éprouvés par la hausse de l’électricité, du carburant et du transport, redoutent une baisse de la demande ou se voient contraints de réduire la taille des pains pour limiter la hausse des prix.
Cette orientation budgétaire interroge d’autant plus que la loi de finances prévoit parallèlement une augmentation globale des dépenses de transferts. Si le gouvernement évoque la nécessité de rationaliser les subventions et de mieux cibler les aides sociales, la disparition du soutien à la farine de blé suscite des doutes sur la capacité réelle de ces mécanismes à protéger les populations les plus vulnérables.
Pour plusieurs économistes, la suppression d’une subvention aussi sensible ne peut se faire sans mesures d’accompagnement solides. « L’histoire récente montre que toute tension sur la farine se traduit rapidement par une crise sociale », souligne un analyste. « Sans dispositifs compensatoires crédibles, le risque de pénurie ou de flambée des prix n’est pas à exclure. »
À l’approche de 2026, la question de la farine de blé dépasse ainsi le simple débat budgétaire. Elle renvoie à des souvenirs encore frais de pénuries, mais surtout à des enjeux fondamentaux de pouvoir d’achat, de sécurité alimentaire et de stabilité sociale. Pour de nombreux Gabonais, l’attente est claire : que les réformes économiques ne rouvrent pas la voie à une crise du pain que le pays a déjà connue.
Michael MENGOUE

COMMENTS