
L’aventure des Panthères du Gabon à la Coupe d’Afrique des Nations s’est arrêtée brutalement dès le premier tour. Une élimination précoce, douloureuse, qui laisse un goût amer chez les supporters et pose une question désormais incontournable : qui doit répondre de cet échec sportif majeur ? Le ministre des Sports ? Le président de la FEGAFOOT ? Le sélectionneur national Thierry Mouyouma ? Ou personne, comme trop souvent ?
Après la défaite face au Mozambique (2-3), le Gabon nourrissait encore l’espoir d’une qualification arrachée au forceps. Mais le match nul entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun est venu définitivement sceller le sort des Panthères. Résultat : élimination dès le premier tour, sans véritable exploit, sans fond de jeu convaincant, sans vision claire. Une sortie prématurée qui contraste avec les discours ambitieux tenus avant la compétition et qui confirme une tendance inquiétante, le football gabonais stagne, voire régresse, pendant que d’autres nations africaines progressent structurellement.
Un échec collectif, mais des responsabilités individuelles
Il serait trop simple et injuste de faire porter la faute uniquement aux joueurs. Le problème est plus profond. Il touche à la gouvernance, à la préparation, à la gestion du football national. Le ministère des Sports a-t-il réellement mis en place une politique sportive cohérente, structurante et durable pour accompagner l’équipe nationale ? La FEGAFOOT a-t-elle créé les conditions d’une sélection performante, stable et bien encadrée, ou s’est-elle contentée de gérer dans l’urgence et la communication ? Le sélectionneur national, ses choix tactiques, sa lecture des matchs et sa capacité à tirer le meilleur du groupe ont-ils été à la hauteur des enjeux ?
Dans un pays où l’échec sportif est rarement suivi de conséquences administratives, la question mérite d’être posée clairement : l’élimination du Gabon aura-t-elle un prix politique et institutionnel ?
Démissionner : un mot tabou au Gabon ?
Dans de nombreux pays, une élimination aussi précoce entraîne des démissions, des remises en question, des audits, parfois des sanctions. Au Gabon, en revanche, l’échec semble être devenu une normalité confortable. Faut-il continuer ainsi ? Peut-on sérieusement parler de refondation du football sans responsabilité, sans autocritique, sans actes forts ? Démissionner n’est pas fuir. C’est parfois reconnaître ses limites, ouvrir la voie à d’autres compétences, redonner de l’espoir à un système à bout de souffle.
L’élimination du Gabon à la CAN ne doit pas être un simple fait divers sportif de plus. Elle doit être un électrochoc. Une occasion rare de repenser la gouvernance du football gabonais, de rompre avec la culture de l’impunité et de replacer la performance, la compétence et la transparence au cœur du projet sportif national. La vraie question n’est donc pas seulement « qui va démissionner ? » Mais plutôt, le Gabon est-il enfin prêt à assumer ses échecs pour espérer ses succès ?
Michael MENGOUE

COMMENTS