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« Gourgandine » de Rodrigue Ndong : Quand deux mondes se disputent une jeunesse !

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Rodrigue Ndong signe avec Gourgandine un roman où l’intime se mêle au social, et où une jeune fille devient le miroir des contradictions masculines. Paru en juillet 2021, chez symphonia editions, ce récit ne se réduit pas à une intrigue sentimentale. Il explore la manière dont deux univers professionnels, incarnés par deux hommes, se croisent et s’affrontent autour d’elle, chacun projetant ses désirs, ses ambitions et ses failles.  

 

Deux hommes, deux logiques qui s’opposent

L’un, issu d’un monde de rigueur et d’autorité, cherche à imposer ses règles et son contrôle. L’autre, plus libre et créatif, se laisse guider par l’instinct et la passion. Ces deux figures ne sont pas seulement des rivaux. Elles incarnent deux manières de vivre et de se définir, deux façons d’aimer qui se révèlent dans leur rapport à la jeune fille. Elle devient le révélateur de leurs contradictions, le lieu où se dévoilent leurs ambitions et leurs fragilités.

La jeune fille, fragile et puissante à la fois

Ndong ne la réduit pas à une simple victime. Elle est fragile, certes, mais aussi puissante, car c’est autour d’elle que se joue la confrontation entre l’ordre et la liberté, entre la norme et l’élan vital. Sa présence oblige les deux protagonistes à se révéler. La plume de l’auteur, dense et nerveuse, alterne entre introspection et scènes dialoguées, donnant au récit une tension constante. Chaque geste professionnel des hommes se reflète dans leur manière d’aimer, chaque mot porte la trace d’un monde social plus vaste.

Ce roman résonne particulièrement avec la société gabonaise actuelle, où les jeunes femmes se trouvent souvent au croisement de logiques contradictoires. Dans un contexte marqué par les débats sur l’égalité des genres, la place des femmes dans les institutions et les tensions sociales liées aux mutations politiques récentes, Gourgandine met en lumière la manière dont l’intime devient un terrain de projection des rapports de pouvoir. La confrontation entre autorité et liberté que décrit Ndong rappelle les discussions sur l’accès des jeunes femmes à l’éducation, à l’emploi et à la reconnaissance sociale, dans une société où elles sont encore trop souvent perçues comme des espaces de rivalité masculine.

On retrouve dans cette approche une parenté avec Calixthe Beyala, qui dans Les Honneurs perdus (1996) explore la condition féminine dans un environnement où les rapports de pouvoir sont exacerbés, et avec Alain Mabanckou, dont Verre cassé (2005) met en scène les contradictions sociales et politiques à travers des destins individuels. Ndong s’inscrit dans cette lignée, en donnant à voir une histoire qui dépasse le simple cadre amoureux pour devenir une réflexion sur le pouvoir, le désir et l’innocence.

En définitive, Gourgandine est un roman de contrastes et de révélations. Il interroge subtilement la manière dont les professions façonnent les identités masculines et influencent leurs rapports aux femmes. Ndong transforme cette histoire intime en une réflexion plus large sur les tensions sociales et culturelles du Gabon contemporain. Une œuvre troublante et nécessaire, où la confrontation entre autorité et liberté se joue dans le plus intime des espaces, celui du cœur et du corps d’une adolescente.

 

 

Nkul Beti, critique littéraire.

noahatango@yahoo.ca

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